Poursuivi pour corruption, il livre un show karaoké

Aux Philippines, le karaoké est, peut-être plus encore que dans le reste de l’Asie, un passe-temps très populaire. Tellement populaire, qu’il a déjà donné lieu, dans des circonstances alcoolisées, à des bagarres mortelles pour cause d’interprétations vocales jugées hasardeuses.

Dans ce contexte, un politique philippin, poursuivi pour corruption, a choisi de faire ses adieux dans l’hémicycle en chanson. Avec d’autres, le sénateur Bong Revilla est accusé d’avoir pillé des fonds publics. Plus précisément, 3,85 millions d’euros (224 millions de pesos) destinés à financer, via des ONG souvent fictives, des projets locaux de développement, tels des hôpitaux ou des routes, dans un archipel où le manque d’infrastructures est régulièrement cité comme un frein au développement. L’affaire, baptisée « Pork barrels » (barils de porc) en référence à des fonds d’intervention parlementaires créés à l’origine aux Etats-Unis, est le plus grave scandale politique ces dernières années aux Philippines. Et, depuis bientôt un an, pas un jour sans une nouvelle révélation. Les cochons, devenus le symbole de la corruption, tiennent la Une des médias. En août 2013, peu après l’éclatement de l’affaire, près d’un million de personnes était descendu dans la rue pour manifester leur ras-le-bol face aux excès de la classe politique.

Sur le moment, les Philippins espéraient donc de la part de « Bong » des explications. Sans trop y croire. Car, à la place, l’ancien acteur a offert une étonnante prestation karaoké à la fin de son discours au Sénat le 9 juin. Dans une vidéo pré-enregistrée, l’homme politique se met lui-même en scène, pousse la chansonnette, remercie sa famille, ses supporters et… Dieu, dans un archipel où plus de 80% de la population se déclare catholique.


« Salamat mga kaibigan », « merci les amis » en tagalog.

Ci-dessous quelques réactions suscitées parmi les internautes philippins, très actifs sur les réseaux sociaux :

Depuis sa performance, Bong, toujours candidat pour devenir président en 2016, a été mis sous les verrous. Cultivant jusqu’au bout le goût de la mise en scène, il s’est rendu lui-même à la police, accompagné de quelques fans en larmes et de sa propre équipe de télévision, histoire d’immortaliser le moment. Deux autres sénateurs impliqués, et pas des moindres, l’ont rejoint en prison : Jinggoy Estrada, une autre ex star de navets locaux, fils du président déchu devenu malgré tout l’actuel maire de Manille, et Juan Ponce Enrile, ancien ministre de la Défense pendant la dictature de Ferdinand Marcos (1965-1986).

Bong Revilla, Juan Ponce Enrile et Jinggoy Estrada iamkenjie.tumblr.com

Bong Revilla, Juan Ponce Enrile et Jinggoy Estrada
iamkenjie.tumblr.com

Depuis sa cellule de Camp Crame, Bong s’est plaint de la chaleur avant de réclamer l’installation de la climatisation. Avec Jinggoy, tous deux ont cependant eu droit à un traitement de faveur, avec des visites de leurs proches en-dehors des horaires réglementaires. Quitte à venir en détention, autant prévoir un bon casse-croute pour passer le temps et on a même vu un cochon rôti franchir les grilles de la prison. Son directeur a d’ailleurs été suspendu pour avoir cédé à ces divers caprices. Excédés par tout ce chahut hautement médiatisé, une cinquantaine de co-détenus ont signé une pétition pour demander leur transfert dans un autre établissement pénitentiaire.

De manière moins anecdotique, il s’agit des premières arrestations politiques dans cette affaire. C’est également la première fois que la justice philippine s’attaque directement à des personnalités de ce rang. Au total, au moins 180 membres siégeant ou ayant siégé au Congrès seraient impliqués dans le scandale. Le camp du président Benigno Aquino, dont le bilan est jugé plutôt bon à l’étranger jusqu’ici, est également éclaboussé. Deux secrétaires d’Etat sont ainsi mis en cause. L’organisation du procès des « Pork barrels » pourrait néanmoins prendre des années.

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